Emily Howell révolutionne la musique classique
Par benji1000 le jeudi 25 Février 2010Que pensez-vous de cette musique :
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Assez beau, non ? Pour quiconque apprécie la musique classique, bien entendu. Tout ça, par la jeune prodige Emily Howel... ou plutôt le jeune prodige, Emily étant un code informatique développé par David Cope, musicien émérite et chercheur dans le domaine des Intelligences Artificielles à l'Université de Californie, Santa Cruz. Oui, cette musique a été créée par un algorithme !
Il y a une douzaine d'années, ce chercheur mélomane a commencé à travailler sur un projet initialement baptisé Experiments in Musical Intelligence (EMI, d'où le "Emmy", le nom d'origine). Mais depuis tout ce temps, il a mis au point un nouvel algorithme (Emily) qui vise à faire ce que beaucoup ont dit qu'Emmy ne pouvait pas : créer de la musique originale, de la musique moderne. Ses compositions sont novatrices, uniques, et, selon les quelques chanceux qui l'ont entendue jouer en direct, superbes. Le programme a même réussi à tromper des étudiants diplomés de musique : la technologie est vraiment impressionante de réalisme.
Cope a tout d'abord voulu reproduire certains grand artistes, et notamment Bach. La meilleure façon de répliquer le processus de Bach fut de calculer ses règles - ses techniques standard. Il a ainsi passé 7 mois à convertir 300 oeuvres de Bach dans une base de données, note par note. Puis il a écrit un programme qui a segmenté les bits dans des fichiers numériques, pour ensuite analyser la méthode avec laquelle Bach avait tendance à réunir certaines notes ensemble.
Les résultats ont été une grande amélioration par rapport à son idée de départ. Pourtant, alors que Cope testait son logiciel, il a remarqué que la musique manquait d'une logique d'ensemble. Plus important encore, il manquait une certaine essence aux créations.
Le chercheur s'est donc replongé dans les livres, dans l'espoir de découvrir des recherches intéressantes. Pendant des centaines d'années, des musicologues avait analysé les règles de composition
à un niveau superficiel. Pourtant, peu avaient exploré les détails de style musical, leurs descriptions de termes tels que "dynamique", par exemple, étaient si vagues qu'il était totalement impossible
de les programmer.
Alors Cope a développé ses propres types de phénomènes musicaux pour capturer les tendances de chaque compositeur ; par exemple, combien de fois une série de notes apparaît,
ou à partir de quel genre de signal une série pouvait changer de clé. Il a également écrit une pièce basée sur sa propre grammaire de la narration musicale. Par exemple, un mot peut être un nom
en vue d'un verbe dans une phrase destinée à être un énoncé déclaratif, ou dans un paragraphe qui est une suite de la conclusion d'un morceau.
Enfin, le programme de Cope pouvait deviner ce qui traversait l'esprit de Bach, et créer de la musique dans ce style. C'était comme si le logiciel avait en quelque sorte capturé l'esprit de Bach, et il l'a effectué tout aussi bien dans la production de nouvelles compositions de Mozart et des sonnets de Shakespeare.
Ce programme sait écrire de la musique dans une drôle de façon. Au lieu de cracher une partition complète, il converse avec Cope par le clavier et la souris. Le chercheur pose une question, ce à quoi le programme répond de façon musicale. Cope dira oui ou non, et il étudiera le résultat qui sortira du logiciel. Le programme se fonde sur ce qu'on appelle un réseau d'associations : certaines relations entre les notes sont pondérées comme étant «bonnes», d'autres comme «mauvaises». Finalement, l'échange produit une partition.Tout ceci est bien novateur, et, en tant que geek, je m'extasie devant de telles prouesses dans le domaine de l'intelligence artificielle. Mais sachant également apprécier la bonne musique, cela me pose un gros problème, qui d'ailleurs a soulevé la polémique ces derniers temps : si une machine peut écrire une sonate de Mozart tout aussi belle que l'originale, qu'est-ce qui était si spécial au sujet de Mozart ? Y avait-il vraiment une âme derrière les grandes œuvres, ou est-ce que Beethoven et ses semblables étaient simplement d'astucieux manipulateurs mathématiques ? Et si, à présent, un tel programme existait pour produire de la belle musique, qui nous dit que les pompes à fric que sont les maisons de disques n'en utiliseront pas dans le futur pour nous vendre des oeuvres produites d'un clic, tout en envoyant ballader les vrais artistes ?
En tous cas, la machine s'apprête à sortir un album au printemps 2010. Tout le monde pourra ainsi se faire une idée de la qualité des travaux de Cope.
Article original complet de Ryan Blitstein sur Miller-McCune.


